
Remarquer un livre sur un étal.
S'arrêter de marcher, pensif.
Revenir sur ses pas, comme si son chemin faisait une boucle sur lui-même.
Regarder le livre sans oser y toucher.
N'y tenir plus et approcher sa main.
Effleurer de ses doigts la couverture rugueuse
Et sentir un picotement de plaisir intérieur.
Caresser le livre comme un chat nouveau-né
Et se dire qu'il faut l'apprivoiser avant qu'il ne se livre.
L'ouvrir, tout d'un coup, comme on ouvre un trésor
Et rester l’œil fixe sur un texte sacré.
Dévorer un image de ses yeux de voyeur
Et sentir une fontaine de plaisir
Couler dans ses veines battantes.
Etre stimulé dans ses rêveries secrètes
Et porter à sa bouche les pages initiatiques.
Respirer cette odeur de mots, de sons, de lettres,
De couleurs et se voir allongé dans un pays sans lieu
Dans un espace sans durée, à consommer l'extase.
Sentir un besoin effréné de possession.
Prendre des deux mains l'objet convoité
Et se diriger d'un pas ferme
Vers le lieu de conversion.
S’arrêter net.
Réaliser que le passage à l'acte
Transforme l'Inestimable en vulgaire bibelot.
Penser que c'est trop facile
Et s'apercevoir que le plaisir
Est déjà mort, la séduction abolie.
Reposer sur l'étal la chose qui a un prix
Et s'éloigner d'elle,
Lui laissant, à regret, un peu de soi-même,
et marchant, pensif, avec un peu d'elle.